Engagée Com’… Camille Chaize

Entretien avec Camille Chaize, porte-parole du ministère de l'Intérieur et des Outre-Mer
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J’ai eu l’honneur d’être reçue par Camille Chaize, porte-parole du ministère de l’Intérieur et des Outre-Mer, dans les locaux du ministère, à deux pas du Cour Saint-Emilion. Commissaire de police, Camille Chaize est une femme engagée au service du ministère dont elle porte la parole et de ses concitoyens. Très active sur les réseaux sociaux, elle n’hésite jamais à se rendre disponible pour expliquer les missions des policiers et des gendarmes qui assurent notre sécurité au quotidien.

Un échange #EngagéeCom’ vivant et passionné : merci Camille Chaize !

#1 Camille Chaize, quel est votre parcours ? Comment êtes-vous tombée dans le bain de la communication ?

Merci de m’inviter pour commencer ! 

Bonne question.

Je pense que je suis tombée dans le bain de la communication parce que j’ai toujours aimé parler en public. Je me souviens, lorsque j’étais enfant, j’étais une petite fille haute comme trois pommes avec des grosses lunettes qui attirait quelque peu les regards. Il est vrai que souvent, à l’école, on me faisait lire des textes et je crois que j’ai aimé ça. Plus tard dans ma vie d’étudiante, à Sciences Po notamment, j’ai retrouvé cette culture de l’oralité et j’aimais le fait d’exprimer des idées à travers des exposés.

Plus tard encore, l’un des premiers jobs que j’ai trouvé après mes études a été celui d’attachée de presse à la Croix rouge française, ce qui correspondait à mes valeurs et à mes premiers amours que sont le secourisme et le secours à victimes. Dans ce cadre, je passais ma journée au téléphone avec des journalistes et j’appréciais le fait d’échanger avec eux en direct. 

Voilà comment, je pense, je suis tombée dans le bain de la communication.

#2 Quel est votre quotidien ? Votre journée-type ?

Comme beaucoup de métiers, on ne s’ennuie jamais, ça n’est absolument pas monotone ! En revanche, quelques traits se répètent de jour en jour.

Le premier trait, c’est qu’il faut se lever tôt parce que les journées commencent tôt, notamment avec les matinales radios. Souvent autour de 7h00, parfois un petit peu avant, il faut pouvoir identifier quelle sera la tonalité de la journée et ce dont on va parler car de cela va dépendre la journée.

Si, par exemple, aux informations, on entend une nouvelle importante qui concerne le champ de compétences de notre ministère, nous pouvons être sûrs qu’assez rapidement d’autres journalistes souhaiteront nous poser des questions et demander des points de précision. Normalement (si nous faisons bien notre travail !) nous savons un petit peu à l’avance ce qui va sortir dans les matinales. Ainsi, nous ne sommes pas étonnés. Toutefois, il est également possible que des événements surviennent durant la nuit, lorsqu’on dormait et de ce fait, nous n’en sommes pas au courant en amont.

Dans ce métier de porte-parole, je pense qu’il faut avoir cette culture des mots : les mots ont du sens et choisir un mot plutôt qu’un autre, ce n’est pas la même chose.

Par ailleurs, je crois qu’il faut apprécier l’ensemble des vecteurs de communication et à titre personnel, j’adore la radio et l’audiovisuel en général. Il faut savoir passer d’un vecteur à l’autre, comme on le dit dans notre jargon, d’un journaliste à l’autre et comprendre leurs contraintes. Il s’agit là d’une autre caractéristique de mon métier qui se répète de jour en jour, à savoir passer du temps avec les journalistes, à répondre à leurs questions et à expliquer ce que l’on fait. Pour que je connaisse bien mes dossiers et que je sois toujours “dans le coup”, je passe également beaucoup de temps au téléphone avec mes collègues de terrain et vais leur rendre visite dans les départements. J’échange aussi beaucoup avec mes collègues des cabinets des ministres .

Au quotidien, je travaille toute cette information et comme nous avons un gros ministère, nous portons beaucoup de sujets. J’en ai dénombré plus d’une centaine, de la lutte contre les violences faites aux femmes aux inondations en Guadeloupe, en passant par les négociations en Corse, avant de revenir sur des questions de cybersécurité.

Bref, ce que j’aime avec notre ministère, ce sont les champs de compétences très variés qui me permettent d’aborder des sujets passionnants avec toujours le même objectif : protéger nos concitoyens contre toutes les formes de délinquance et de menaces qui peuvent peser sur eux. Nous avons véritablement cette volonté de protection de tous nos concitoyens chevillée au corps.

#3  Comment qualifieriez-vous la communication du ministère : plutôt en réaction à l’actualité ou proactive ? 

Les deux assez classiquement !

Il faut jouer avec les deux temps, le temps court de l’actualité durant lequel nous sommes effectivement en réaction car il y a un certain nombre de choses que l’on ne peut pas anticiper. Il y en a d’autres que nous pouvons prévoir : un match de foot à risque, les conséquences d’une alerte vigilance météo… Même sur le temps court de l’actualité, nous tâchons d’anticiper au maximum.

En parallèle, nous travaillons aussi sur le temps long. Nous avons un calendrier des grands événements qui sont importants pour notre ministère ou qui nous tiennent à cœur. Dans ce cadre, nous travaillons sur le temps long avec des plans de communication de longue haleine dont l’objectif est de contribuer à faire changer les choses, notamment la perception que certains de nos concitoyens ont sur certaines problématiques.

Par exemple sur l’immigration, nous travaillons vraiment sur le temps long. Nous savons que nous devons améliorer notre communication sur plein de choses, pour mieux expliquer à nos concitoyens ce qu’est l’immigration, à quoi elle sert, avec par exemple, des immigrés qui viennent renforcer des branches métiers ou des filières qui ont du mal à recruter. Nous devons faire un effort pour illustrer par des reportages afin de contrecarrer certaines idées reçues sur ces problématiques d’immigration.

En définitive, nous sommes donc à la fois sur un temps d’actualité très court et un temps plus long, comme le temps des élections, de la démocratie ou de la citoyenneté.

Une fois de plus, on ne s’ennuie jamais et les journées ne se ressemblent pas !

#4 Comment coordonnez-vous la parole des autres porte-paroles du ministère ?

Premièrement, nous nous entendons toutes et tous bien entre les porte-paroles du ministère et nous échangeons beaucoup ensemble, c’est important.

Il n’y a pas que les porte-paroles qui s’expriment : il y a bien sûr les ministres – nous avons quatre ministres -, tout l’écosystème ministériel, du porte-parole du gouvernement à la Première ministre, chacun pouvant s’exprimer sur notre champ de compétences. Nous suivons donc avec attention tout ce que nos dirigeants expriment sur le ministère de l’Intérieur. Ensuite, il y a les porte-paroles bien sûr, mais aussi tous les directeurs centraux, nationaux, les directeurs départementaux, les préfets… En réalité, il y a une véritable myriade d’acteurs qui s’expriment !

Notre travail au sein de mon service est donc de surveiller que toutes ces prises de parole sont en cohérence.

L’idée n’est pas forcément de dire la même chose car nous avons tous des expériences ou des angles de vue différents, mais de faire en sorte que toutes les pièces de puzzle s’imbriquent correctement et que nous allions bien tous dans la même direction.

L’échange est fluide et ce qui est sûr, c’est qu’il y a vraiment du travail pour tout le monde afin de couvrir l’ensemble des chaînes de télévisions, de radio ou d’être présents sur les réseaux sociaux qui démultiplient les capacités d’expression.

In fine si nous sommes nombreux, c’est aussi pour répondre présents au maximum et porter la voix.

#5 Que signifie pour vous l’intégration des Outre-Mer à votre ministère ?

C’est un large champ de compétences supplémentaire effectivement. Toutefois, cela faisait longtemps que nous travaillions avec les douze territoires d’Outre-Mer par l’intermédiaire des préfectures, notamment, qui sont la colonne vertébrale de l’Etat et qui, dans leur fonctionnement, dépendent du ministère de l’Intérieur. Nous allons donc travailler davantage encore ensemble, dans un champ beaucoup plus interministériel.

Jusqu’ici, nous travaillions sous un aspect très sécuritaire avec les Outre-Mer. Désormais, nous allons davantage nous intéresser à d’autres problématiques telles que la vie chère qui est un sujet de préoccupation pour nos concitoyens ultra-marins. Cela va sans doute nous permettre d’avoir un focus moins « hexagonal » et d’offrir aux Outre-Mer un espace d’expression et d’attention plus grand.

En définitive, nous sommes très heureux d’être encore plus présents à leurs côtés et j’espère que je serai aussi un bon porte-voix pour leurs problématiques. 

#6 Quels sont les grands rendez-vous du ministère de l’Intérieur et des Outre-Mer pour l’année à venir ?

Le premier, même s’il n’interviendra pas cette année, ce sont les JO2024. Tout ce que nous allons faire cette année va nous permettre de nous préparer à ce temps fort. Nous devons être prêts pour cette grande échéance.

Parmi les autres sujets qui me tiennent à cœur, il y a la problématique des compétences dans le domaine de la cybersécurité. Nous allons lancer des campagnes de recrutement dans le domaine cyber et un numéro 17 cyber va être mis en place pour permettre à nos concitoyens d’être mieux soutenus et aidés en cas d’attaque ou de menace cyber. La thématique cyber devrait donc monter en puissance dans les mois à venir. Il faut d’ailleurs savoir que la moitié de la Loi de programmation devrait engager des moyens pour le domaine cyber.

Une autre thématique d’attention, c’est la montée en puissance de la sécurité privée. On sait que dans le cadre de l’organisation de la coupe du monde de rugby ou des JO 2024, nous allons devoir travailler davantage encore en coordination entre la Police nationale, la Gendarmerie nationale, les polices municipales et les agents privés de sécurité. Il nous faut donc contribuer à faire monter en puissance cette sécurité privée, grâce à la formation et en lui donnant plus de moyens. Compte tenu de son implication, il est important de revaloriser cette filière métier. La féminiser davantage est aussi un enjeu.

Enfin, le dernier sujet sur lequel nous allons poursuivre nos efforts est celui de la lutte contre les violences faites aux femmes, contre les violences sexuelles et sexistes. Nous partons de loin mais avançons sur ces questions. Nous avons investi dans la formation et avons amélioré l’accueil et la prise en charge. Sur les réseaux sociaux également, nous poursuivons nos efforts pour mieux identifier ces violences et agir. Il y a beaucoup à faire et notre objectif collectif sera de ne pas relâcher notre vigilance.

#7 Sur les réseaux sociaux, Tik Tok, notamment, on voit de plus en plus d’agents du ministère prendre la parole pour expliquer leur métier. Comment percevez-vous cette communication « parallèle » ? 

Il y a deux dispositifs : le premier concerne la structuration officielle des différentes forces de l’ordre sur les réseaux sociaux, notamment. Ils y sont très présents dans l’objectif de se rapprocher des jeunes, dans une problématique de recrutement. Nous avons donc des ambassadeurs de l’administration, souvent des policiers et des gendarmes de terrain, qui s’expriment sur les réseaux sociaux, TikTok et SnapChat notamment.

En parallèle, nous observons de nombreuses initiatives personnelles de policiers, de gendarmes, de quelques agents de préfecture aussi sur ces réseaux sociaux. On ne peut pas leur en vouloir car c’est naturel pour un jeune qui a entre 20 et 25 ans de s’exprimer via ces canaux.

Nous sommes plutôt dans une démarche de connaître ces personnes, premièrement et de les rencontrer quand cela est possible, d’échanger avec eux, voire de leur donner quelques petits conseils pour ne pas se mettre en danger, comme par exemple respecter le devoir de réserve ou ne pas communiquer sur une intervention en cours… Il y a plein de manières de parler de son métier sans mettre en danger l’intervention.

En réalité, ce que l’on pense de ces initiatives, c’est qu’elles renvoient une image réelle du métier, parce qu’elle vient du cœur, elle vient des tripes. Elle est fidèle à ce qu’ils sont et à leur quotidien. Notre objectif est donc d’accompagner ceux qui prennent la parole sur les réseaux et de leur permettre de le faire sans se mettre en danger.

#8 En tant que porte-parole, vous êtes présente sur de nombreux réseaux. Lequel préférez-vous ?

Je suis effectivement présente sur Twitter, sur Instagram, sur Twitch aussi, sur LinkedIn

Même si j’ai une toute petite communauté sur Twitch, j’aime beaucoup ce réseau qui offre des temps de débat, qui permet l’échange en direct et je me fais fort de trouver quelques heures par semaine durant lesquelles l’antenne est ouverte. Elle permet aux utilisateurs de me poser toutes leurs questions et je trouve que cet accès direct est important.

J’aime aussi beaucoup Instagram car ce réseau donne des possibilités de Live partagé qui sont assez sympas !

Sur Twitter, j’aime beaucoup les Twitter Spaces. On en fait de manière régulière. Encore une fois, j’apprécie ce côté direct, le débat : on peut parler de tout, même si parfois je n’ai pas réponse à tout car je ne sais pas ou que j’ai besoin de vérifier l’information.

J’aime ces formats d’échange direct et le débat !

#9 Le mot de la fin : est-ce que le porte parole adresse la bonne parole ?

On essaie en tout cas, j’essaie ! Pour moi, la bonne parole, c’est avant tout celle de la vérité et de la réalité. Je pense qu’on ne se trompe jamais lorsqu’on dit les choses au plus près de la réalité.

Parfois, nous avons de bonnes nouvelles, comme l’annonce de nouveaux dispositifs au bénéfice de nos concitoyens.

D’autres fois, nous sommes aussi porteurs de mauvaises nouvelles, comme l’annonce d’une catastrophe naturelle, de blessés, voire de décès…

Parfois encore, nous avons à reconnaître des dysfonctionnements, des problèmes au sein de notre Institution. Je trouve que reconnaître ses failles, porter la voix de la reconnaissance, c’est faire un premier pas vers les personnes victimes, vers celles qui ont ressenti ce défaut de leur administration. Il s’agit donc de porter une voix au plus proche des réalités pour avoir de l’impact auprès de nos concitoyens qui continueront ainsi à nous faire confiance. C’est cela au fond que l’on souhaite : maintenir le lien avec nos concitoyens.

On est sur un champ ministériel de l’urgence des crises, il est donc important que nos concitoyens sachent que lorsque le ministère de l’Intérieur leur dit quelque chose, c’est qu’il y a un besoin de transmettre un message, de délivrer des conseils et les mesures de protection qu’on leur demande de mettre en oeuvre. 

 

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